Le magazine et marché mondial pour les passionnés de voitures classiques, par des passionnés.
Le magazine et marché mondial pour les passionnés de voitures classiques, par des passionnés.
La Maserati 250F a défini la Formule 1 des années 1950, laissant une empreinte indélébile sur l’ère des monoplaces à moteur avant au plus haut niveau du sport automobile. Pilotée par les plus grands noms de son époque, parmi lesquels Juan Manuel Fangio, Alberto Ascari, Stirling Moss et Mike Hawthorn, elle demeure l’une des voitures de Grand Prix les plus emblématiques de l’histoire. Sa carrière débuta sous les meilleurs auspices avec une victoire dès sa première apparition au Grand Prix d’Argentine 1954 aux mains de Fangio, suivie quelques mois plus tard d’un nouveau succès au Grand Prix de Belgique. Au total, elle remporta huit victoires comptant pour le Championnat du Monde, auxquelles s’ajoutèrent de très nombreux succès dans les épreuves hors championnat durant les six saisons où elle constitua l’arme de prédilection de Maserati. Sir Stirling Moss, vainqueur avec la 250F des Grands Prix de Monaco et d’Italie, la décrivit plus tard comme la meilleure Formule 1 à moteur avant qu’il ait jamais conduite.
L’une des premières grandes autorités en matière de Maserati 250F fut Cameron Millar. Ancien chef d’escadron de la Royal Air Force durant la Seconde Guerre mondiale et ingénieur de grand talent, Millar développa une véritable passion pour la 250F et acquit son premier exemplaire en 1964. Il devint rapidement un habitué de la Scuderia Centro Sud, où étaient alors entreposées plusieurs 250F, achetant des pièces détachées ainsi que des châssis supplémentaires. Dès 1967, il avait constitué un stock impressionnant de châssis et de composants d’origine. À cette époque, Innes Ireland fit appel à lui pour participer à la reconstruction de la voiture de Fangio de 1957, lourdement endommagée lors d’un accident. Millar réalisa alors qu’il possédait les installations, le savoir-faire et les pièces authentiques nécessaires pour créer sa propre série de Maserati 250F. Entre 1972 et 1980, il réalisa ainsi une petite série de reproductions « tool room » de la 250F, les dix premiers exemplaires étant construits à partir de son stock exclusif de composants d’origine Maserati 250F.
Les 250F de Cameron Millar étaient bien davantage que de simples répliques. Il s’agissait de reproductions d’une fidélité exceptionnelle, réalisées non par Maserati elle-même mais à l’aide de véritables pièces, outils et procédés de fabrication Maserati, sous la supervision du plus grand spécialiste du modèle. Leur authenticité était telle que Fangio lui-même en acquit un exemplaire, aujourd’hui exposé au sein du prestigieux Museo Fangio à Buenos Aires. Plus important encore, la FIA accorda aux voitures de Cameron Millar le droit de concourir aux côtés des véritables 250F d’usine dans la quasi-totalité des compétitions historiques. Le stock de pièces d’origine de Millar s’épuisa après la construction du cinquième ou sixième exemplaire, faisant des premiers véhicules produits les plus authentiques et les plus recherchés.
Cette voiture, châssis « CM4 », est la quatrième des dix premières Maserati 250F construites par Cameron Millar. Elle fut commandée à l’origine par l’éminent collectionneur comte Hubertus von Döenhoff. À ce titre, elle fut assemblée à partir d’un nombre remarquable de composants essentiels — moteur, boîte de vitesses, ponts et freins notamment — provenant de la Maserati 250F n° 2505, une authentique voiture d’usine au pedigree exceptionnel. Le châssis 2505 n’est autre que celui qui remporta la toute première victoire de la 250F lors du Grand Prix d’Argentine 1954 avec Fangio au volant, avant de s’imposer quelques mois plus tard à Spa-Francorchamps. Exploitée tout au long de la saison 1954 par Officine Alfieri Maserati, elle remporta également l’épreuve de Pescara avec Luigi Musso et fut pilotée par plusieurs autres grandes figures de l’époque, parmi lesquelles Alberto Ascari, Onofre Marimón et Harry Schell. Vendue à des équipes privées après la saison 1954, prêtée à la Scuderia Centro Sud puis retournée chez Maserati en 1957, sa carrosserie et son châssis furent utilisés pour reconstruire le châssis n° 2500, tandis que ses éléments mécaniques furent conservés séparément. La voiture ainsi transformée rejoignit le Museo Carlo Biscaretti en 1960, où elle se trouve encore aujourd’hui.
Alors que les trois premiers exemplaires avaient été construits par Aubrey Finburgh, Millar vendit CM4 au comte von Döenhoff et confia l’ensemble des composants authentiques issus de la n° 2505 au spécialiste de la restauration de voitures de Grand Prix Paul Grist. Celui-ci acheva CM4 à partir d’un châssis et d’une carrosserie construits selon les spécifications Tipo 1 de 1954. La voiture passa ensuite entre les mains du comte Giovanni « Johnny » Lurani et de Corrado Cupellini, qui lancèrent sa carrière en compétition historique. Entièrement achevée selon les spécifications de course en 1981, CM4 disputa sa première épreuve à Monza en 1982 avec Stephen Griswold au volant. La même année, elle fut présentée lors d’un événement organisé en marge du Grand Prix de Monaco avant de participer à une manifestation à Saint-Moritz en 1984.
La voiture apparut dans le numéro de mai 1985 du magazine Thoroughbred and Classic Car pour promouvoir l’activité du concessionnaire Julius Thurgood, futur fondateur du Historic Racing Drivers Club et consultant du Goodwood Revival. Acquise par le comte Luigi Castelbarco en 1986, CM4 poursuivit alors sa carrière en compétition et fut notamment pilotée à Monza par Maria Teresa de Filippis, pionnière de la Formule 1 et ancienne pilote de Maserati 250F. Sa fidélité à l’original était telle que, durant plusieurs années, CM4 fut considérée comme le véritable châssis n° 2505 en raison de la présence de nombreuses pièces authentiques numérotées, jusqu’à la culasse d’origine estampillée. Son Passeport Technique Historique délivré en 1988 la désignait même sous l’identité de la 2505. Lorsque le véritable châssis fut redécouvert, la FISA fut informée de cette confusion mais confirma néanmoins le pedigree de CM4. La situation soulevait en effet un fascinant paradoxe de Thésée : la voiture d’origine portait désormais une nouvelle identité et ne conservait plus aucun de ses organes mécaniques d’origine, lesquels animaient désormais CM4. Peu après l’obtention de son précieux Passeport Technique Historique, la voiture fut acquise par le premier de ses deux propriétaires français de longue durée, avant d’être cédée au second en 1999.
Acquise par le déposant actuel il y a environ cinq ans, CM4 est depuis devenue une participante régulière des plus prestigieuses manifestations historiques européennes. Steve Hart, spécialiste reconnu des voitures de course historiques et responsable de plusieurs Maserati 250F engagées régulièrement en compétition, a supervisé avec rigueur le retour de CM4 à un état de course optimal, assurant sa préparation et son assistance lors d’événements majeurs entre 2023 et 2025. Le déposant a engagé la voiture dans plusieurs épreuves du calendrier de la Historic Grand Prix Cars Association, notamment le Jerez Historic Festival en 2023, la Settimana Motoristica Ennese, l’Oulton Park Gold Cup, les Spa Six Hours et le Silverstone Festival en 2024, ainsi que le Zandvoort Historic Grand Prix et l’ADAC Hockenheim Historic en 2025. CM4 a suscité l’admiration des passionnés sur l’ensemble du continent, évoluant dans des plateaux réunissant d’autres légendes des Grands Prix des années 1950, notamment plusieurs Maserati 250F d’origine ainsi que d’autres créations de Cameron Millar, dont les châssis CM5 et CM7. La voiture a également été soumise à de nombreuses séances d’essais sur des circuits de renom tels que Silverstone, Snetterton et le Nürburgring.
Cette Maserati 250F de 1954 construite par Cameron Millar est aujourd’hui proposée avec son indispensable Passeport Technique Historique FIA, une lettre rédigée par Cameron Millar lui-même décrivant la voiture, ainsi qu’un important dossier de factures récentes émises par Steve Hart Racing couvrant sa restauration, son assistance en compétition, ses essais et ses réparations, pour un montant approchant le demi-million de livres sterling.
CM4 figure parmi les créations les plus prestigieuses et les mieux documentées de Cameron Millar, des automobiles considérées par les passionnés de Maserati du monde entier avec une admiration proche de celle vouée aux véritables Maserati 250F d’usine. Véritable œuvre d’art roulante digne d’un musée, elle capture à merveille les lignes sensuelles et la pureté mécanique de la Formule 1 de l’après-guerre à son apogée, tout en abritant un authentique moteur de 250F qui contribua jadis aux victoires de légendes telles que Fangio et Musso. Mais CM4 est bien plus qu’un objet de collection statique : grâce à son Passeport Technique Historique FIA actuellement valable jusqu’en 2033, à son riche historique en compétition historique et à sa préparation récente de tout premier ordre, elle demeure éligible aux plus prestigieuses épreuves historiques internationales. Cette remarquable voiture de course offre à son futur gardien une occasion rare, non seulement de préserver un chapitre essentiel de l’histoire du sport automobile, mais surtout de le vivre pleinement depuis le cockpit.
1956 Maserati A6G/54 2000 GT Coupé by Allemano | RM Sotheby's | The Woodcote Park Auction
1954 Maserati A6GCS by Fiandri & Malagoli | The Quail Auction 2026
1958 Bentley S1 Drophead Coupe by H.J. Mulliner | RM Sotheby's | Sealed June
1958 Porsche 356 A Carrera 1500 GT Speedster | RM Sotheby's | The Monterey Auction
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