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Une révolution non conventionnelle : le design de Jowett bouleverse la berline de prestige

Il est généralement admis que de nombreuses voitures de l’immédiat après-guerre souffraient d’un manque de constance. Jowett Cars, marque vénérable façonnée par l’austérité, n’échappa pas aux difficultés d’une nouvelle ère. En abandonnant des conceptions conservatrices et vieillissantes, le constructeur de Bradford chercha néanmoins à se réinventer avec une berline exécutive adaptée aux sensibilités modernes.

En 1947, la Javelin fut lancée. Son style, résolument ancré dans son époque, fut dessiné par Gerald Palmer, futur créateur de la Vauxhall Victor. Sa carrosserie monocoque aux formes arrondies marquait une rupture nette avec les lignes fragiles des voitures d’avant-guerre. Briggs Motor Bodies, à Doncaster, assurait la fabrication. Conçue en acier embouti avec un châssis intégré, elle se distinguait par ses phares intégrés et son pare-brise fortement incliné—une première pour une voiture britannique de série—signe de modernité.

 

Les acheteurs des premiers modèles PB de 1947 bénéficiaient d’un habitacle spacieux, avec sellerie en tissu ou cuir, levier de vitesses au volant et grand volant. Pour un tableau de bord en noyer, il fallait toutefois opter pour la version « de luxe ».

Sur le plan mécanique, la Javelin innovait également. Son moteur boxer à quatre cylindres de 1 486 cm³ à soupapes en tête offrait un gain d’espace intérieur sans augmenter la longueur du véhicule. Cette architecture présentait toutefois des inconvénients, notamment en matière d’entretien. Des opérations simples comme le remplacement des bougies pouvaient nécessiter le démontage des roues avant. Malgré cela, le moteur offrait une sonorité distinctive et des performances fiables, avec une vitesse de croisière d’environ 130 km/h.

 

Les choix de production freinèrent également son développement. Les premiers modèles étaient équipés de boîtes de vitesses fournies par Henry Meadows, avant que Jowett n’internalise la production. Cette transition s’avéra coûteuse et provoqua des goulets d’étranglement, laissant des voitures inachevées sur la chaîne.

Malgré ses suspensions à barres de torsion et ses freins hydrauliques—encore rares à l’époque—la Javelin n’était pas exempte de défauts. Des problèmes persistants de vilebrequin affectaient sa fiabilité. Associés aux difficultés de production et à la reprise de Briggs par Ford, ils conduisirent à l’arrêt de la production en 1953.

 

Pourtant, la Javelin ne disparut pas sans laisser de trace. Une photo de 1953 montre deux exemplaires engagés dans le Rallye des Tulipes, remporté cette année-là par Hugo van Zuylen van Nijevelt et Frans Eschauzier.

La disparition de Jowett laissa derrière elle l’une des berlines les plus innovantes de l’après-guerre. Sans surprise, la Javelin est aujourd’hui devenue une favorite des passionnés—une véritable classique malgré ses imperfections.

 

Texte par Alexander Simmons-Miller

 

Publié:
jeudi mars 26th, 2026

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